Installation injection 1 Jean-Michel Albert

Injection installation Jean-Michel Albert

Injection-1, (prototype).
Installation: 20 caissons lumineux 60cm x 60cm, néons bleus, tissus, vidéo-projecteur qui projette une matrice générée aléatoirement, caméra, logiciel (Pure Data + implémentation Open CV [programmation C++ Louise Naud]) et système sonore.

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Image installation Injection Jean-Michel Albert

Intitulée Injection par référence à la notion du même nom utilisé dans le piratage informatique et qui consiste à introduire dans un système, au travers d'une de ses failles, des données étrangères à celui-ci. Il s'agit d'une installation qui se trouve aujourd'hui à l'état de prototype. Dans sa forme idéale celle-ci serait constituée de deux cent cinquante deux caissons lumineux de formes carrés de soixante centimètres de large, contenant chacun un néon émettant une couleur bleue primaire; un bleu profond en référence au «Blue Death of Screen »

Un mur de lumière de douze mètres de longueur et dix mètres de hauteur serait ainsi dressé. Sur celui-ci, un puissant vidéo projecteur diffuse le film d'une matrice composée des chiffres 0 et 1 qui défilent aléatoirement et à l'infini.

Par un système de détection, le spectateur qui franchit le faisceau du vidéo projecteur perturbe la matrice par ses mouvements. Si celui-ci entre entièrement dans l'installation alors la matrice vient à s'effacer de l'écran. Celle-ci ne se projette alors plus que sur la surface délimitée par le corps de l'observateur.

En outre, l'installation est couplée à un espace sonore. Uniquement réalisé à partir d'enregistrements des bruits parasites d'une enceinte (« bruit-blanc »), le signal sonore subit des perturbations à l'instar de la matrice. Devenant de plus en plus inaudible, insupportable, ce son a pour but de mettre fin à toute forme de jeu qui aurait pu s'instaurer lors du passage du spectateur devant l'écran. L'observateur « s'injecte »: pris dans l'étau de ces chiffres calculant et de cet écran bleu, celui-ci ne se rend pas compte, de prime abord, qu'il est devenu lui-même une matrice. Seule la disparition des chiffres et les changements dans l'onde sonore lui donnent cette indication.

Ainsi, cette jonction que je donne à voir sous sa forme la plus triviale, son lieu commun, scansion de 0 et de 1, demande au spectateur de déconstruire cette image binaire relative au calcul rapide. Elle représente dans l'imaginaire collectif d'une société où l'information circule à très haut débit, la frontière entre réel et virtuel.

Demandant toujours plus de puissance de Processeur, de carte graphique ou encore de Mémoire Vive, l'Interface ne cesse de prendre de la célérité. Mais quand celle-ci se trouve infectée, injectée, alors nous faisons face au « Blue Death of Screen ».Ce bleu, redouté par l'ensemble des joueurs, tire son origine de la mythologie grecque où il est associé aux barbares de l'antiquité et comme symbolisation de la mort. Il se retrouve aujourd'hui, en tant que langage de couleur,dans l'ensemble des codes de programmation.
Toute personne utilisant cette technologie, s'est un jour confrontée à cette « erreur fatale ».Ce bleu « légendaire » me permet d'introduire un questionnement sur la fonction cathartique des interfaces informatiques. En effet, la catharsis au sens Aristotélicien du terme se retrouve particulièrement dans les jeux vidéo développés aujourd'hui.

Le joueur qui élabore un plan d'action pour arriver à ses fins: gagner, ne peut échapper aux codes du programmeur. A l'image du Héros Tragique, celui-ci est invité à rejouer sans fin les mêmes schémas pour réaliser son but. Dés lors, pris au piège de la « destinée logicielle », le jeu vidéo plonge son acteur dans un rôle héroïque duquel il ne sortira que par la victoire : Game Over.Entre vision mortuaire et forme digitale, l'acteur de cette installation incarne un perturbateur bicéphale, dyadique. Il devient a son insu l'interférence, la mise en échec du programme. Bête noire du programmeur, il déconstruit par son aspect viral, l'interface et représente alors l'indéterminisme logiciel qui met en faillite, la manipulation stratégique de l'informaticien.

Matrice Installation Jean-Michel Albert
Image installation Injection Jean-Michel Albert